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2024-2029, le mandat des incertitudes.

23 juillet 2026 par
Administrator
Un pays a besoin de clarté pour se développer. Pour redonner confiance. Et pour stimuler l’économie. Malheureusement, depuis 2024, le pays est gouverné dans l’incertitude et le cycle semble recommencer à chaque fois. Le mandat du régime Diomaye-Sonko a pourtant débuté avec des certitudes : une élection au premier tour avec 54% des suffrages témoignant de la confiance du Peuple au duo, au «Projet» et aux promesses de «rupture».
Le cycle d’incertitudes commence dès l’été 2024. Tout le monde s’interroge sur la date de la Déclaration de politique générale (Dpg) du nouveau gouvernement devant l’Assemblée nationale. De tergiversations en tergiversations, sur fond d’interprétations divergentes des dispositions du Règlement intérieur de l’Assemblée, le président de la République décide finalement de fixer la tenue de la Dpg pour le 13 Septembre. Cependant, à la surprise générale, il annonce la veille, le 12 septembre, la dissolution de l’Assemblée nationale. Entre la dissolution, l’organisation d’élections législatives anticipées et l’installation de la nouvelle Assemblée élue, le pays s’est arrêté littéralement de fonctionner. Le calendrier pour l’adoption de la Loi de finances de 2025 a dû être fortement bouleversé. La Loi de finances a été finalement adoptée dans le cadre d’un processus accéléré entraînant son adoption le 28 décembre en procédure spéciale et sans débat.
Quelques mois auparavant, le 26 septembre, en pleine crise de dissolution, le gouvernement fait face à la presse pour faire le point de la situation des finances publiques. C’est le début de l’épisode de la «dette cachée» avec là aussi son lot d’incertitudes. Qui a caché la dette ? Quel est le montant de cette dette ? S’agit-il seulement de la dette de l’Etat central ou inclut-elle celle des entreprises publiques ? Le Fmi et la Bceao étaient-ils au courant ? Autant de questions encore en suspens. Le rapport de la Cour des comptes n’a pas suffi à lever toutes les interrogations. Le rapport Mazars reste une énigme et les bulletins statistiques sur la dette publique ne sont toujours pas publiés. C’est dire que la question de la dette publique sénégalaise est devenue, depuis 2024, une véritable source d’incertitudes auxquelles aucune économie ne peut résister. Les conséquences sont là et bien visibles : dégradations successives de la notation du Sénégal, fermeture de l’accès aux marché international de capitaux, absence de programme avec le Fmi, tensions de trésorerie, accumulation des arriérés de paiement au secteur privé, recours à des instruments de financement risqués, augmentation du coût de la dette, réduction drastique de l’investissement public, ralentissement économique.
L’an 2025 de la gouvernance Diomaye-Sonko a également connu son lot d’incertitudes. Sur le plan législatif, la loi interprétative de la loi d’amnistie a cristallisé le débat et nourri de nombreuses interrogations. A la place d’une abrogation pure et simple de la loi d’amnistie de 2024 attendue par la majorité des Sénégalais conformément aux promesses, la nouvelle majorité parlementaire a opté pour une loi d’interprétation finalement censurée par le Conseil constitutionnel. Alors que ce sujet a monopolisé l’énergie des Sénégalais sur plusieurs mois, ces derniers restent encore confus quant à la suite à donner aux intentions initiales du législateur. Sur le plan judiciaire, de nombreuses procédures engagées en 2025 contre des ténors de l’ancien régime n’ont toujours pas abouti à des sentences définitives. Les libertés provisoires accordées à certains après de longs mois de détention créent des doutes dans l’esprit des populations et nourrissent des interrogations quant aux soubassements politiques des poursuites. De telles incertitudes judiciaires ne favorisent pas un climat de sérénité nécessaire au rétablissement de la confiance des acteurs économiques.
Comme pendant l’été 2024, l’été 2025 s’est également ouvert sur une séquence politique problématique à l’issue incertaine, avec le début des frictions au sein du Pouvoir exécutif, frictions annonciatrices d’une tension entre le Premier ministre et le président de la République. A l’occasion d’une réunion du Conseil national de Pastef du 10 juillet, le Premier ministre d’alors s’en prend ouvertement au président de la République à qui il attribue un manque d’autorité. Depuis ce jour, une succession d’épisodes, par exemple les absences en Conseil des ministres, le meeting du 8 novembre, l’annonce de la mise sur pied de la Coalition Apte en concurrence à la Coalition Diomaye Président, ont nourri les spéculations et les interrogations sur la finalité des relations entre les deux figures. Pendant ce temps, sur le plan économique et financier, l’économie a continué à se dégrader sur fond d’incertitudes politiques. Les investisseurs commençaient à ajouter l’analyse du risque politique à leur liste de diligences concernant le Sénégal. Cette situation perdure encore et jusqu’à présent il n’existe aucun plan crédible de remédiation. Les résultats du Plan de redressement économique et social (Pres) sont très largement en deçà des objectifs fixés. L’échec du Pres était bien prévisible pour des raisons évidentes : ce n’est pas un plan de relance économique, mais un plan de redressement des comptes publics adossé à une politique sévère de taxation. De nouvelles annonces se succèdent depuis plusieurs mois en Conseil des ministres sans qu’aucun plan d’action ne soit clairement établi et mis en œuvre. Des incertitudes demeurent sur la mise en œuvre de certaines mesures annoncées en grande pompe : suppression et fusion d’agences, renégociations de contrats, etc. Il n’y a aucune visibilité sur la mobilisation des 13, 000 milliards de F Cfa annoncés à la clôture du Forum Invest in Senegal. L’impact des fora économiques organisés au détour des voyages à l’étranger du président de la République et de l’ex-Premier ministre reste encore à être établi.
Malgré le remaniement ministériel du 6 septembre 2025, perçu comme un cadeau de bon voisinage à Ousmane Sonko dont les proches venaient d’être nommés aux ministères de souveraineté (Justice, Intérieur), les amis d’hier ont fini par se séparer le 22 mai 2026 avec en toile de fond une divergence sur la question de la gestion des fonds politiques étalée sur la place publique à l’occasion du passage du gouvernement à l’Assemblée nationale le même jour.
La gouvernance par l’incertitude s’est poursuivie en 2026. Le premier semestre a été marqué par le revirement spectaculaire du gouvernement au sujet de la loi dite sur «l’homosexualité». Alors que tout le pays s’attendait à une loi criminalisant cette pratique, l’opinion publique a encore une fois été plongée, malgré elle, dans un cycle de débats sur fond d’interrogations légitimes sur les véritables intentions du gouvernement face à ce fait de société. Finalement, une loi de durcissement est adoptée à la place d’une loi de criminalisation. Au même moment, la découverte des emprunts Trs est venue semer le doute sur les pratiques du gouvernement en matière de mobilisation de ressources dans un contexte d’opacité totale sur la structure et l’ampleur réelle de la dette publique. Cette nouvelle situation est venue compliquer davantage les relations avec nos partenaires au développement. La récente communication du président de l’Assemblée nationale au micro de France 24 et Rfi est venue soulever de nouvelles incertitudes sur la question de la «dette cachée» considérée par ailleurs comme «odieuse». Les nombreuses interprétations qui ont suivi ont laissé penser à un revirement sur cette question, ouvrant un nouveau chapitre de spéculations, lesquelles ont été exacerbées par la déclaration du président sortant de la Cour des comptes qui confirme, à juste titre, que le terme «dette cachée» ne figure nulle part dans le rapport de la Cour. Sur un tout autre chapitre, des incertitudes demeurent quant à la tenue des élections locales prévues en 2027 en l’absence du décret fixant la date des élections. Aussi, nul ne sait dans quelle mesure l’Acte 4 de la décentralisation et la réforme des Pôles Territoires pourraient impacter ces élections. Sans compter la réforme du Code électoral annoncée par le président de la République lors de son discours à la Nation du 31 décembre 2025.
Nous voilà maintenant au début de l’été 2026 qui rappelle à bien des égards les étés 2024 et 2025 qui ont débuté par leur lot d’incertitudes sur les plans politique et institutionnel. La nouvelle séquence s’est ouverte avec les tergiversations sur l’éligibilité de Ousmane Sonko à retrouver son siège de député et, dès lors, à occuper le fauteuil de président de l’Assemblée nationale. Du duo, nous sommes progressivement passé à la dualité puis à la «cohabitation douce» au sein de l’Exécutif. Maintenant que la séparation est actée et que Ousmane Sonko est confortablement assis sur son fauteuil de président de l’Assemblée nationale, l’on nous annonce une véritable cohabitation sur fond d’«opposition de Pastef à Pastef». Cette nouvelle configuration jette un flou sur l’avenir des relations entre les pouvoirs exécutif et législatif, et augure de lendemains difficiles pour notre pays. Il faut le dire, ce n’est pas parce que le président de l’Assemblée nationale passe son temps à rappeler qu’il n’y aura aucune crise que notre pays échappera pour autant à la frilosité de nos partenaires nationaux et internationaux au développement. Tant que des nuages planeront sur l’avenir politique du pays, les investisseurs n’oseront pas venir investir. Les partenaires bilatéraux et multilatéraux seront obligés, d’une manière ou d’une autre, d’intégrer ce facteur dans l’appréciation de la stabilité économique future du pays.
La décision annoncée du président de la République de convoquer le corps électoral pour statuer, via référendum, sur la nouvelle réforme constitutionnelle adoptée par l’Assemblée nationale ce 29 juin 2026, ouvre un nouvel épisode de flou sur l’avenir du pays. Quelle que soit l’issue de cette consultation, les conséquences risquent d’être désastreuses. Si la réforme est approuvée, nous assisterons presque à un changement de régime. Il faudra inéluctablement un temps d’adaptation que malheureusement notre pays ne peut pas se permettre. Si la réforme est rejetée, nous irons probablement vers une dissolution de l’Assemblée nationale, qui entraînera une nouvelle phase d’incertitudes politiques, économiques et sociales. Le pays sera en campagne électorale permanente au lieu de se mettre au travail. Un tel climat n’est absolument pas propice au rétablissement de la confiance des acteurs économiques.
Il est temps de s’arrêter et de se poser les bonnes questions si vraiment nous tenons à préserver notre avenir commun et redonner espoir à notre jeunesse.
Madana KANE
Leader de Dundu
Banquier et Docteur

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Administrator 23 juillet 2026
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