COMMUNIQUÉ DU BUREAU POLITIQUE
Pour diffusion large et immédiate
Dakar, le 26/06/2025
Le Bureau Politique de Dundu s’est réuni pour discuter du principal point inscrit à l’ordre du jour de sa réunion, à savoir la situation économique et la situation budgétaire du pays.
I. SUR LA SITUATION ÉCONOMIQUE
Le Bureau Politique constate que notre pays traverse actuellement une crise économique majeure qui requiert de la part des acteurs politiques et de l’ensemble des citoyens une analyse lucide et responsable.
Analysant les causes profondes de cette situation, le Bureau Politique note, entre autres :
-Le non-lancement par le Gouvernement de grands projets générateurs de croissance économique, dans un contexte de rareté des ressources financières de l’Etat et de contraintes de levée de fonds sur le marché international consécutives à la baisse de la notation souveraine du Sénégal.
-La réduction drastique des investissements publics, donc de l’octroi des marchés publics, pour les mêmes raisons évoquées ci-dessus.
-Le poids de la dette intérieure, qui met une pression considérable sur les acteurs économiques locaux dont la marge de manœuvre désormais réduite constitue un frein à la réalisation de nouveaux investissements générateurs d’emplois et de croissance
pour le pays.
-En relation avec le point précédent, la situation préoccupante du secteur des BTP qui connait une crise avec une forte baisse d’activité alors que le secteur représente une part non-négligeable du PIB du Sénégal et produit plus de 200 mille emplois directs.
-Le ralentissement des investissements directs étrangers dans un contexte d’incertitudes marqué, entre autres, par des annonces gouvernementales d’introduction d’une loi sur la souveraineté économique et de réformes à venir du code fiscal, du code des douanes et du code des investissements.
-L’affaiblissement du marché de la consommation interne, attribuable en partie à la persistance du chômage des jeunes, qui représentent près 75% de la population.
Abordant les perspectives, le Bureau Politique se réjouit de l’annonce du Gouvernement, lors des toutes dernières réunions du Conseil des Ministres, d’un Plan de Relance Economique.
A cet égard, le Bureau attire l’attention du Gouvernement sur l’urgence de se focaliser sur la
relance de l’investissement public et privé, qui devra passer, entre autres, par :
-La restauration de la confiance de nos partenaires financiers en la signature du Sénégal, après l’annonce de la non-fiabilité des données financières antérieures du pays. Cette confiance restaurée aura pour conséquence l’amélioration des conditions de financement du programme d’investissement public.
-La restauration de la confiance des acteurs économiques privés, locaux comme internationaux, ce qui aura pour effet l’augmentation de leurs investissements, et par ricochet celle des recettes fiscales pour l’Etat.
-Le rétablissement des marges de manœuvre budgétaires de l’Etat en mettant davantage l’accent sur la réduction des dépenses.
-Le recours à des modes de financement innovants, pour servir d’alternative aux solutions classiques d’appel publique à l’épargne sur le marché financier sous-régional.
Abordant la question des risques futurs qui pèsent sur l’économie du pays, le Bureau Politique alerte le Gouvernement sur :
-Le risque lié à la dépendance au marché financier sous régional avec la récurrence notée ces derniers temps du financement par les titres publics. A cet égard, il importe d’attirer l’attention sur le fait que les investisseurs institutionnels (banques, sociétés d’assurance etc.), dans un souci de gérer le risque de concentration, seront amenés à un moment donné à réduire leur appétence sur les titres Etat du Sénégal.
-Le risque lié au contexte géopolitique mondial, avec un dérèglement éventuel des circuits d’approvisionnement mondiaux pouvant impacter négativement les pays fortement dépendant des importations.
-Le risque lié aux inondations qui pourraient avoir pour effet le ralentissement de l’activité économique.
-Le risque d’approvisionnement du pays en produits pétroliers, avec ses impacts éventuels sur la fourniture d’électricité aux ménages et aux entreprises.
II. SUR LA SITUATION BUDGÉTAIRE
Le Bureau Politique a pris connaissance des Rapports d’Exécution Budgétaire (REB) publiés par le Ministère des Finances et du Budget le 23 Juin 2025.
Considérant que le budget 2025 est le premier mis en place par le nouveau gouvernement, le Bureau a particulièrement mis l’accent sur la revue du REB du premier trimestre 2025 (REB-T12025).
Au titre de ses constats généraux, le Bureau Politique note :
-Une augmentation des recettes globales portée principalement par les recettes fiscales qui ont progressé de près de F.CFA 100 milliards, soit +11.6%.
-Une augmentation des recettes fiscales portée principalement par l’impôt sur le revenu, bénéfices et gains en capital qui est passé de 297 à 372 milliards, d’une part ; et par l’impôt sur les sociétés et autres entreprises qui est passé de 146 à 205 milliards,
d’autre part.
-Une baisse de la collecte des droits de douane et autres droits à l’importation de près de 3 milliards.
-Une baisse des dons d’administration publiques étrangères de près de 20 milliards.
-Une augmentation des recettes dites « non-identifiées » de près de 13 milliards.
-Une augmentation des charges financières de la dette de près de 24% imputable à
l’augmentation des charges sur la dette intérieure (+25 milliards) et extérieure (+18milliards) entre 2024 et 2025.
-Une légère augmentation des dépenses de personnel estimées à 357 milliards, soit +1% en glissement annuel.
-Des dépenses de personnel principalement portées par les secteurs de l’éducation et de la formation professionnelle qui représentent 54% de ces dépenses.
-Une baisse des dépenses d’acquisition de biens et services de près de 5 milliards.
-Une augmentation des transferts courants estimés à 463 milliards, portée pour 48% par les transferts au profit du Fonds de Soutien à l’Energie (FSE), La Poste et Sen Ter.
-Une baisse des dépenses d’investissement exécutées par l’Etat sur ressources internes, avec seulement 2.6 milliards exécutés sur 308 budgétisés, contre un taux d’exécution de 20.6 milliards sur la même période en 2024.
-Sur 100 milliards de dépenses de transfert en capital effectuées sur ressources internes, 70 milliards ont été affectés à la campagne agricole.
-41% des dépenses en capital sur ressources extérieures sont portées par le secteur quaternaire (pour 76 milliards) et 25% par le secteur tertiaire (pour 45 milliards).
-L’exécution des crédits de paiement par structure fait ressortir le classement suivant par ordre de grandeur à deux chiffres : Ministère des Finances et du Budget (177 milliards), Ministère de l’Enseignement Supérieur (131 milliards), Ministère de l’Agriculture (78 milliards), Ministère de l’Urbanisme (28 milliards), Ministère des forces armées (25 milliards), Ministère des infrastructures et transport (22 milliards), Ministère de l’éducation nationale (18 milliards), Présidence de la République (17 milliards), Ministère de la Santé (15 milliards), Ministère de la famille (14 milliards), Ministère des
affaires étrangères (11 milliards) et Ministère des télécommunications (11 milliards).
Au titre de ses principales préoccupations, interrogations et inquiétudes, le Bureau Politique :
-S’interroge sur les déterminants de la forte augmentation des recettes fiscales au 1er trimestre 2025, et demande au Ministère des Finances et du Budget (MFB) de clarifier si elle tire son origine d’une augmentation du taux de pression fiscale (augmentation des impôts) ou d’un élargissement de l’assiette fiscale (augmentation du nombre de contribuables), étant entendu que cette dernière option est celle qui a été privilégiée dans le Référentiel 2050 (page 28).
-S’inquiète de la baisse des droits de douane et autres droits à l’importation et
s’interroge sur l’origine de cette baisse qui pourrait en réalité refléter une baisse de l’activité économique.
-S’interroge sur les causes de la baisse des dons d’administration publique étrangères et se demande si cette baisse est le fruit d’une politique de souveraineté ou d’une détérioration des relations avec les partenaires habituels du Sénégal.
3-S’interroge sur le contenu des recettes dites « non-identifiées » de près de 13 milliards et demande au MFB d’en préciser la portée.
-S’inquiète de l’augmentation des charges financières sur la dette intérieure et extérieure, et demande au MFB de clarifier la teneur de cette dette qui n’est pas détaillée dans le rapport.
-Se préoccupe de l’augmentation, même légère, des dépenses de personnel dans un contexte où la recherche de marges de manœuvre budgétaires impose de réduire le déficit public à travers notamment la rationalisation des dépenses de fonctionnement.
-Se préoccupe, à l’ère des budgets-résultats, de la performance des secteurs de l’éducation et de la formation professionnelle qui retiennent 54% des dépenses de personnel.
-Se félicite de la légère baisse des dépenses d’acquisition de biens et de services tout en s’interrogeant sur l’origine de cette baisse qui pourrait être imputable soit à une meilleure gestion soit à une diminution de l’efficacité opérationnelle des services de l’administration.
-Se préoccupe, tenant compte du niveau très important de transferts courants au profit du Fonds de Soutien à l’Energie (FSE, 169 milliards), de l’efficacité de la politique de soutien énergétique de l’Etat au regard des prix de consommation de produits énergétiques actuellement supportés par les ménages.
-S’interroge sur l’efficacité des subventions continues à la société La Poste à la place
d’une restructuration profonde et définitive de cette société dont la privatisation même
partielle devrait être envisagée.
-S’inquiète du niveau très faible des dépenses d’investissement exécutées par l’Etat (seulement 2,64 milliards sur 308 milliards de crédits ouverts). A cet égard, il importe de rappeler que l’investissement est un vecteur de croissance économique et de création d’emplois.
-S’interroge, au regard des préoccupations exprimées par le monde agricole, sur l’efficacité des dépenses de transfert en capital ordonnancées pour un montant de 70 milliards, et demande au Ministère de l’Agriculture et de la Souveraineté Alimentaire de publier les statistiques relatives à la précédente campagne agricole.
-S’interroge et demande au MFB de fournir le détail des projets dans les secteurs quaternaire et tertiaire qu’une partie des dépenses en capital sur ressources extérieures a servi à financer à hauteur respectivement de 76 et 45 milliards, soit 41% de cette catégorie de dépenses.
-Se préoccupe du niveau très faible d’exécution des crédits de paiement dans les secteurs de la santé et de la famille et solidarité pourtant prioritaires.
Fait à Dakar, le 26/06/2025
Le Bureau Politique